
Saint-Janvier-de-Joly - 2025
Circuit d'art public Cultiver le mouvement -
MRC de Lotbinière
MON DEUIL PAR L'ART
De Terre en fils est une œuvre bidimensionnelle illustrant la silhouette d’un grand-père (mon père) portant son petit-fils (mon fils) sur ses épaules. C’est un hommage à mes racines rurales et aux valeurs terre-à-terre cultivées et transmises dans ma famille. À échelle humaine, l’œuvre interagit avec les spectateurs de tout âge grâce à son côté ludique. Elle invite à l’observation. Dans une mise en scène détaillée, on décèle de nombreux animaux et plantes, une enveloppe attend d’être postée, une boîte aux lettres à côté… une histoire à créer se dessine.
En tant qu’immigrante d’origine française, au Québec depuis 19 ans, le rapport à la terre et aux racines a toujours été un enjeu identitaire complexe. Fille de la campagne, le thème proposé de 2025 (l’agriculture) a immédiatement résonné en moi. Mon père était cultivateur et producteur laitier dans la ferme familiale. Un homme de terrain impliqué et enraciné dans sa communauté, qui avait le cœur sur la main et aidait volontier son prochain. Il est décédé subitement cet hiver à 75 ans, au moment même où Milo, mon bébé, commençait à marcher... Figer dans le temps cette précieuse rencontre m'est apparu comme une évidence, alors que je vivais ce deuil à distance. À travers cette silhouette, je rends hommage à cette profession difficile, aux femmes et hommes levés aux aurores pour faire la traite, aux vacances écourtées pour aller semer ou récolter et aux promenades dans les champs… Illustratrice de métier, il m’était naturel de réaliser une œuvre en deux dimensions, qui raconte une histoire. Pour moi, les images sont toujours liées aux mots. Comme mon papa, j’aime aussi écrire. D’ailleurs, les seules lettres encore manuscrites que je recevais étaient les siennes. Ces mots à la main bien concrets, sortis d’un autre temps, sonnent comme une rébellion face au tout numérique d’aujourd’hui. Dans ses lettres, il raconte son jardin qui pousse, le nichoir qu’il a fabriqué et qui a accueilli des oisillons, ses poules qui pondent plus ou moins, l’âne ou les vaches dans les champs… et toujours la météo, sujet intarissable de tout fermier. Pour ces raisons, la vieille boîte aux lettres, trouvée dans une grange de Sainte-Croix, m’a interpellé comme objet recyclé imposé à intégrer à l’œuvre. Même si elle n’est pas à proprement parler liée au thème de l’agriculture, elle est l’emblème des rangs au Québec, de l’isolement des fermes. Elle est le lien avec le reste du monde, symbole de la transmission et de l’échange. L’objet boîte aux lettres, amenée à disparaître au profit des courriels, raconte la ruralité et ses habitants, pour lesquels un nuage c’est encore la pluie, et non des serveurs de données abstraites. Pour finir, je souhaitais une œuvre ludique et accessible à toutes les générations. Comme un immense cherche et trouve, les enfants se plairont à démasquer les détails, les silhouettes du papillon, du chat ou de la poule. On peut imaginer un scénario. Tiens, une lettre va être postée… Oh! Et avez-vous remarqué la carte du monde sur les tâches de la vache?






